La Cour Suprême coréenne a rendu sa décision dans l’affaire opposant Ironmace à Nexon, et elle confirme l’essentiel du premier jugement : Dark and Darker a bien été développé en utilisant des éléments issus d’un projet interne de Nexon sans autorisation. Le studio sud-coréen est donc définitivement condamné pour violation du secret commercial. En revanche, la plainte pour violation de copyright reste rejetée.
Le dossier remonte à 2021. Cette année-là, Ironmace présente Dark and Darker, un extraction slasher dark fantasy où l’on envoie chevaliers, mages et voleurs dans un donjon pour récupérer du butin et tenter d’en sortir vivants. Le jeu se fait rapidement remarquer, mais Nexon accuse alors Choi Joo-hyun, devenu PDG d’Ironmace, d’avoir exfiltré des fichiers d’un projet interne baptisé P3 pour s’en servir dans le développement de Dark and Darker. Le point est sensible, parce que Choi Joo-hyun supervisait justement ce projet chez Nexon.
Cette accusation avait entraîné une longue bataille judiciaire, avec au passage la disparition temporaire du jeu de Steam. En 2025, le tribunal du district central de Séoul avait rendu un premier verdict important : Dark and Darker n’était pas considéré comme une copie exacte de P3 et ne violait donc pas le copyright, mais l’utilisation non autorisée de secrets commerciaux était bien retenue contre Ironmace.

La Cour Suprême confirme la faute, mais réduit la facture
Ironmace avait fait appel après la condamnation initiale, qui s’accompagnait de 5,6 millions d’euros de dommages et intérêts. La Cour Suprême vient de confirmer la décision sur le fond, mais elle a revu le montant à la baisse. D’après le journal Chosun cité par Gamekult, les dommages sont ramenés à 5,6 milliards de wons, soit environ 3,2 millions d’euros au taux de change actuel.
Pour motiver sa décision, la juridiction s’est notamment appuyée sur la rapidité inhabituelle du développement. Chosun rapporte que « Choi et d’autres ont transféré le code source de P3 sur des serveurs personnels pour développer le netcode immédiatement après leur démission [de Nexon] ». Les juges ont aussi considéré qu’il était anormal de sauter la phase de pré-production, et en ont déduit que le temps de développement avait été raccourci grâce à « des informations techniques et managériales de Nexon ».
Pas une copie au sens du copyright, mais une affaire qui fera date
Le point le plus intéressant, juridiquement, est que la Cour maintient la distinction entre secret commercial et copyright. Sur le second volet, Dark and Darker n’est toujours pas considéré comme une copie illégale de P3. L’idée avancée est assez simple : un univers de fantasy générique peut en rappeler un autre sans constituer automatiquement une contrefaçon.
La Cour Suprême estime aussi que cette affaire crée une jurisprudence pour l’industrie coréenne du jeu vidéo. C’est sans doute là son impact le plus durable. Car pendant que le feuilleton judiciaire s’étirait, Dark and Darker a perdu une bonne partie de sa lumière initiale. Ironmace vient bien de lancer la neuvième saison de son accès anticipé, centrée sur l’Enfer, et le jeu reste disponible en free-to-play sur Steam. Mais son héritage risque désormais d’être aussi judiciaire que vidéoludique.









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