Après près de quatre ans d’attente, Phonopolis a enfin une date de sortie. Amanita Design lancera son nouveau jeu le 20 mai sur PC, avec des versions consoles déjà envisagées. Pour le studio tchèque, ce calendrier met fin à une attente inhabituellement longue : Phonopolis avait été dévoilé en 2022, peu après la sortie de Happy Game en 2021.

L’annonce a quelque chose de particulier, parce qu’Amanita Design ne travaille jamais dans l’urgence. Le studio existe depuis plus de vingt ans et s’est fait un nom avec des aventures point and click qui ne cherchent ni la tendance du moment ni la démonstration technique. Machinarium et Samorost ont installé cette identité depuis longtemps : des jeux d’énigmes, une vraie singularité visuelle, et une manière bien à eux de raconter des mondes étranges sans passer par les recettes les plus voyantes du marché.

Avec Phonopolis, Amanita reste dans cette veine, mais avec une proposition visuelle qui se démarque tout de suite, même à l’échelle du studio. Les décors sont réalisés en carton fait main, ce qui donne à cette ville dystopique un relief très artisanal, presque maquette, assez loin de l’esthétique numérique lisse qu’on voit partout ailleurs.

Phonopolis screenshot

Une dystopie sous mégaphones

Le cadre est simple et assez mordant. Phonopolis raconte une cité dirigée par le Chef, un leader qui bombarde la population de règles absurdes à coups de mégaphones, partout et en permanence. Le personnage principal, Félix, est balayeur. C’est lui qui va tenter de faire tomber ce régime avant que les habitants ne soient totalement écrasés par cette mécanique autoritaire.

Le jeu mêlera narration, aventure et énigmes, un terrain qu’Amanita connaît bien. La source évoque aussi des inspirations du côté de George Orwell et de Karel Čapek, notamment La Guerre des Salamandres. Ce n’est pas un détail anodin : cela suggère une satire politique plus frontale que dans certains précédents jeux du studio, même si la forme reste celle d’un conte visuel accessible.

Un nouveau trio créatif, avec une musique familière

Phonopolis est supervisé par un nouveau trio au sein d’Amanita Design : Petr Filipovič, Eva Marková et Oto Dostál. C’est l’un des éléments intéressants du projet. Le studio garde sa patte, mais passe ici par une autre combinaison de talents en interne. Cela peut expliquer en partie le temps pris par le développement, et aussi ce mélange entre continuité et inflexion visible dans la direction artistique.

Sur le plan sonore, Amanita s’appuie en revanche sur une présence bien connue. La musique est signée Tomáš Dvořák, compositeur déjà entendu sur Samorost 3 et Machinarium. Pour un jeu aussi dépendant de son atmosphère, ce retour compte. Chez Amanita, l’image ne fonctionne jamais seule ; le son fait souvent une grande partie du travail pour donner une âme à des univers qui pourraient sinon rester de jolies curiosités plastiques.

Phonopolis n’a donc plus que quelques semaines à patienter avant sa sortie. Pour Amanita Design, c’est un retour attendu, et un projet qui semble assez différent pour mériter qu’on le surveille de près.