Après des mois de communication prudente, 007 First Light a enfin pu être approché longuement par la presse, à moins d’un mois de sa sortie prévue le 27 mai 2026 sur PC, PS5 et Xbox Series X|S. Et à en croire les premiers retours, IO Interactive tient quelque chose de nettement plus intéressant qu’un simple Hitman grimé en James Bond. Le studio danois semble avoir construit un jeu d’action-infiltration très cadré dans sa narration, mais assez souple dans ses grandes zones pour laisser au joueur plusieurs manières d’avancer.

Toutes les previews convergent sur ce point : le jeu alterne entre des séquences très dirigées, presque à la Uncharted, et des espaces plus ouverts hérités du savoir-faire de Hitman. La structure ne cherche pas à reproduire les gigantesques bacs à sable de World of Assassination. Elle les compacte, les simplifie et les intègre dans un déroulé bien plus cinématographique. L’idée n’est pas de perdre le joueur dans une mission-monstre, mais de le faire avancer en permanence, avec des embranchements, des possibilités de bluff, de discrétion ou de violence, sans casser le rythme d’un récit très Bond.

Les journalistes ont tous joué environ trois heures, parfois un peu plus. Le morceau le plus commenté est une mission londonienne dans un gala à Kensington, précédée par une ouverture en Islande et un entraînement à Malte. C’est dans ce gala que le jeu montre le plus clairement sa philosophie : entrer sans invitation, trouver un accès, contourner plusieurs couches de sécurité, voler un badge, improviser un mensonge crédible, se faire passer pour la bonne personne ou trouver un autre chemin. Ce n’est pas Hitman au sens pur, car Bond ne traîne pas les corps, ne se déguise pas librement et ne passe pas son temps à nettoyer la scène. En revanche, on retrouve ce plaisir très IOI de lire un espace, de saisir ses règles et d’en exploiter les failles.

007 First Light en mission d'infiltration

Un Bond plus jeune, plus brut, mais déjà très identifiable

Le Bond de First Light a 26 ans. Il n’est pas encore un agent 00 confirmé et commence comme membre de la Royal Air Navy ou de la réserve navale britannique selon les sources. La mission d’ouverture l’envoie en Islande pour reprendre le contrôle d’une station scientifique ou enquêter autour d’un site lié au MI6, avant que tout parte en vrille. Hélicoptère abattu, ennemis sur zone, otages, missiles ou agent neurotoxique dans l’équation : le ton est donné très vite.

IO Interactive raconte ici une origin story inédite, avec un Bond plus jeune et plus brouillon, mais déjà taillé pour ce rôle. Plusieurs previews évoquent une influence très nette de l’ère Daniel Craig, surtout dans l’attitude : bagarreur, impulsif, volontiers insolent, plus à l’aise dans l’improvisation musclée que dans la froideur clinique. Le jeu semble aussi garder une part du Bond littéraire, avec davantage de mordant, quelques détails de caractérisation plus marqués et une mise en scène qui cherche régulièrement le bon mot et la belle sortie de scène.

Patrick Gibson, qui incarne Bond, fait partie des points les plus souvent salués. Son interprétation est décrite comme charismatique, un peu immature, très mobile, avec assez d’assurance pour faire passer les punchlines sans transformer le personnage en caricature. La mise en scène pousse elle aussi dans cette direction, avec un générique chanté par Lana Del Rey après l’ouverture, des dialogues nombreux, des séquences d’appartement, de torture, de poursuite sur les toits ou d’évasion en camion-poubelle dans les rues de Londres sur fond de thème 007.

Un système de jeu pensé pour garder l’élan

Le cœur du jeu repose sur une succession d’états. Tant que la situation reste sous contrôle, Bond peut infiltrer, observer, mentir, utiliser ses gadgets, distraire un garde ou contourner un obstacle. Si la tension monte, on passe au corps-à-corps. Si l’ennemi sort une arme avec une intention létale, le fameux “License to Kill” s’active et autorise l’usage des armes à feu. C’est l’une des meilleures idées relevées dans ces previews, parce qu’elle donne une logique claire au personnage comme au game design. Bond n’ouvre pas le feu au moindre doute, mais quand tout explose, il bascule dans un autre registre.

Le corps-à-corps a laissé une très bonne impression. Plusieurs médias citent Sifu, Batman: Arkham ou même John Wick pour décrire le résultat, même si le jeu reste moins technique que ces références. Bond peut parer, esquiver, contrer, saisir, projeter, utiliser son environnement, fracasser une tête contre un mur ou lancer le premier objet venu à la figure d’un ennemi. Les bagarres sont décrites comme brutales, dynamiques et parfois franchement disgracieuses au bon sens du terme. Le système de tir, lui, paraît bien plus convaincant manette en mains qu’en vidéo, avec peu de munitions, des armes récupérées sur les ennemis souvent presque vides, et un focus qui ralentit brièvement le temps pour mieux gérer les fusillades.

Les gadgets jouent aussi un rôle central. Bond dispose notamment d’une montre Omega trafiquée et de lentilles spéciales. La montre peut distraire, pirater, provoquer un court-circuit, aveugler un ennemi, désactiver une caméra, faire sauter un cadenas ou déclencher un piège de décor. Les lentilles servent à repérer les interactions possibles, les ennemis et certaines informations clés. Plusieurs aperçus notent tout de même que cet attirail lisse un peu la formule en réduisant l’incertitude, là où Hitman laissait davantage de place au risque et à l’observation pure.

Un jeu très prometteur, avec quelques réserves sur l’IA

Le principal bémol relevé concerne l’intelligence artificielle. Plusieurs journalistes ont vu des gardes ignorer des bruits absurdes, ne pas remarquer un collègue neutralisé juste à côté ou réagir de façon trop inégale selon les contextes. D’autres soulignent que cette permissivité est aussi un choix pour éviter qu’une petite erreur transforme chaque mission en catastrophe totale, contrairement à Hitman, où tout peut s’effondrer très vite. First Light semble vouloir préserver le mouvement plutôt que punir brutalement.

C’est sans doute le vrai pari du jeu. IO Interactive ne cherche pas à faire le Bond le plus simulationniste possible, ni à reproduire servilement Hitman. Le studio semble avoir préféré une version plus directe, plus lisible, plus spectaculaire, avec des zones ouvertes mais encadrées, un héros qui peut rattraper une erreur au bluff ou à coups de poing, et un déroulé pensé pour ressembler à une aventure complète de James Bond plutôt qu’à une suite de casse-têtes indépendants.

À ce stade, tout le monde ne parle que d’une prise en main de trois à trois heures et demie. Il reste donc une inconnue évidente : est-ce que cette formule tient sur la durée ? Mais sur ce qui a été montré, 007 First Light donne enfin l’impression d’avoir compris qu’un bon jeu James Bond ne doit pas seulement citer Bond. Il doit lui donner un rythme, une présence et une manière d’agir crédibles manette en main. IOI semble avoir trouvé cet équilibre.