La bataille portée par Stop Killing Games a franchi un cap aux États-Unis. En Californie, le projet de loi AB 1921, surnommé Protect Our Games Act, veut empêcher qu’un jeu payant soit tout simplement rendu inutilisable quand son éditeur coupe les services dont il dépend. Et c’est précisément ce qui rend le sujet intéressant pour nous : si ce débat prend une forme politique là-bas, est-ce qu’on finira par voir la même chose en France ?
Le point de départ, rapporté par GamesRadar+, est limpide. L’Entertainment Software Association, le grand lobby américain du secteur, demande aux élus californiens de rejeter le texte. Son argument central tient en une phrase : les joueurs n’achètent pas vraiment un jeu numérique, ils achètent une licence d’utilisation. Autrement dit, l’idée même d’un accès durable reposerait sur une « fausse prémisse ».
La Californie force enfin l’industrie à répondre sur le fond
AB 1921 ne demande pourtant pas aux éditeurs de maintenir des serveurs éternellement. Dans sa lecture défendue par les organisateurs de Stop Killing Games, le texte vise surtout les jeux payants vendus à l’avenir et laisse plusieurs portes de sortie : préserver l’usage normal du jeu après la fin du support, proposer un patch qui évite la dépendance à l’infrastructure de l’éditeur, ou rembourser le joueur si rien de tout cela n’est possible.
C’est là que le dossier devient beaucoup plus concret que le simple débat habituel sur les CGU. Le lobby américain répond que le numérique fonctionne sous licence, pas comme une propriété pleine et entière. En face, les défenseurs du texte rétorquent qu’un éditeur ne devrait pas pouvoir vendre un jeu payant puis en détruire l’usage normal plus tard, sans solution claire ni compensation.
Le bras de fer n’est donc plus seulement militant. Il arrive devant des élus, avec une question très simple au fond : quand un joueur paie pour un jeu, jusqu’où un éditeur peut-il reprendre ce qu’il a vendu ?
Et en France, est-ce qu’un dossier du même genre peut émerger ?
La réponse courte, c’est qu’on n’en est pas encore à un équivalent français d’AB 1921. En revanche, la question n’a plus rien d’abstrait. L’arrêt de The Crew a déjà déclenché une offensive en France : l’association UFC-Que Choisir a attaqué Ubisoft sur ce terrain, avec le soutien de Stop Killing Games, en contestant justement l’idée qu’un accès vendu puisse être retiré aussi brutalement.
Ajoutez à cela l’initiative citoyenne européenne portée par le mouvement, qui a dépassé le million de signatures vérifiées selon les derniers bilans relayés autour du dossier, et on voit bien que le sujet ne tourne plus seulement autour d’un coup de gueule de joueurs frustrés. Il commence à glisser vers le droit de la consommation, l’information donnée au moment de l’achat et la manière dont les éditeurs présentent la possession d’un jeu dématérialisé.
Donc non, la France n’a pas aujourd’hui son Protect Our Games Act. Mais entre la pression européenne, l’affaire The Crew et la ligne de défense très frontale adoptée par le lobby américain, la vraie question est désormais posée : est-ce qu’un responsable politique ou une association de consommateurs finira par pousser chez nous un texte qui force enfin les éditeurs à prévoir une issue propre quand ils coupent un jeu payant ?
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